Quand Anne Papalia se confie, c'est à travers la peinture ou la sculpture qu’elle le fait. Son art, c'est la vie en plus grand, un moyen d’entamer un dialogue, d’ouvrir un espace de liberté au détour d’un regard. Elle puise son inspiration au gré des rencontres, des voyages, des paysages, qui croisent sa
route. Une ligne, une forme, un mouvement, ou encore un simple geste.
Tout est prétexte à créer, tout est prétexte à partager. Car ce que nous laisse à deviner Anne Papalia, c’est ce qu’elle a de plus profond, de plus
secret. Générosité de l’artiste qui nous offre une vision intimiste du monde. De l’immobile jaillit une émotion, la sensation d’une perception autre et pourtant si proche. Entre rêve et réalité, la magie opère.
Ses objets de métal ou de bronze, elle les trouve abandonnés chez les ferrailleurs au fin fond d’énormes montagnes de
fer. Anne Papalia vient à leur secours et leur redonne vie. Elle y assemble des petits bonhommes de bronze qui grimpent sur ces fragments industriels.
Ils envahissent l'espace, petits bonhommes fragiles, petits bonhommes qui nous bouleversent.
Car ce qu’ils racontent c’est notre propre histoire, une histoire universelle, celle de la condition humaine.
Leur légèreté s’oppose aux objets massifs auxquels ils sont associés.
Et l’on sent bien que s’ils portent la lourdeur de l’existence, ils portent aussi l’espoir.
On reste alors séduit, fasciné par cette danse sur la roue de la vie.
On plonge dans un univers poétique, un appel à l'évasion, une échappée vers quoi vers qui, on ne sait
pas. Avec agilité, ces personnages grimpent haut toujours plus haut.
Que cherchent-t-ils à atteindre ?
Au-delà de la condition humaine, c’est peut être le rôle de l’artiste qui prend forme, une façon pour Anne de se mettre en scène à travers ses
personnages. Au fond n’est-ce pas sa propre échappée qu’elle nous raconte ? Peut-être à travers l’art, une manière de s’affranchir de ses blessures pour rendre la vie plus légère.
Cette échappée, elle nous la raconte aussi à travers sa peinture. Un univers de formes et de couleurs qui donnent à voir l’invisible ou plutôt à le ressentir, celui d’un monde
imaginaire. L'ailleurs, autrement, sans frontières, sans normes. Une réalité défigurée, une réalité réinventée.
Une oeuvre inclassable où l’on ne sait pas toujours ce qui définit l’abstrait du figuratif, l’un issu de l’autre, ou bien mélange des
genres. Les couleurs claquent, entrent en vibrations pour éveiller nos émotions.
Ce que l’on ressent, c’est cette histoire passionnelle qui relie Anne Papalia à la couleur. « Quand j’étais enfant, je n’étais pas très
bavarde. La peinture c’était un moyen d’expression. Un artiste c’est un enfant, c’est un enfant qui est dans une enveloppe d’adulte.
Aujourd’hui je puise encore et toujours dans ce réservoir d’enfance pour trouver les couleurs. »Des couleurs gaies qui nous touchent, qui nous donnent à sourire, qui ouvrent une fenêtre tout comme sa sculpture sur l’espoir.
Valérie Exposito
Auteur-Réalisateur